Immunologie

Luca Piali, Chef de l'immunologie préclinique, Actelion

«Comment empêcher les souffrances?»

Normalement, Luca Piali ne grimpe pas aux arbres. Mais cet arbre a une signification particulière. Il se trouve dans le jardin où Luca Piali a passé son enfance, et ce jardin est à la source de sa carrière: il a éveillé sa curiosité et son ambition.

«Monsieur Piali, d'où vient votre enthousiasme pour la biologie?»
«Il faut que je revienne un peu en arrière. Au milieu des années 50, mes parents ont quitté l'Italie du Nord et ont émigré en Suisse. Ils ont trouvé un nouveau domicile chez une veuve - une dame très cultivée, qui habitait dans une villa comprenant une vaste bibliothèque dans le quartier de Bruderholz à Bâle. Mon père travaillait comme jardinier et ma mère comme employée de maison. C'est dans le jardin de la villa que j'ai fait mes premiers pas vers la biologie, j'ai étudié la mare à poissons, observé les oiseaux, retourné les pierres. Ce jardin a été à la base de ma carrière. J'ai pu y entraîner ce qu'il y a de plus important pour un chercheur: la curiosité.Mais à Bruderholz, j'ai aussi découvert autre chose: l'ambition. Pour la veuve, il était très important que ses petits-enfants fassent un jour des études. Cela a réveillé mon ambition et, aujourd'hui, mon frère et moi avons tous les deux un titre de docteur.»

«Vos parents vous ont-ils encouragé?»
«Mes parents étaient issus d'un milieu pauvre. Aujourd'hui, on dirait «des classes sociales à l'écart de la formation». Mais ils se sont vite adaptés aux nouvelles conditions de vie en Suisse, ils ont appris par exemple l'allemand en l'espace de quelques mois. Mes parents ont toujours travaillé dur et c'est aussi ce qu'ils attendaient de leurs enfants. Ils ne m'ont ni poussé à faire des études ni freiné. L'important pour eux était surtout que nous ayons un jour de meilleures conditions de vie qu'eux. Ils étaient conscients du fait qu'une bonne formation peut permettre d'atteindre ce but.»

«Lorsque vous aviez 16 ans, votre mère a contracté une maladie auto-immune rare. En quoi cet événement vous a-t-il influencé?»
«Cela m'a bien sûr fortement influencé. Je me suis renseigné sur la maladie de ma mère, ce qui m'a amené à l'immunologie, parce que les maladies auto-immunes viennent de ce que le système immunitaire de la personne ne fonctionne plus correctement et se retourne contre son propre organisme. Chez ma mère, c'est surtout le foie qui était touché, et elle est morte à l'âge de 50 ans. Quant à moi, l'immunologie ne m'a plus quitté et elle me fascine aujourd'hui encore tous les jours. J'ai fait ma thèse de doctorat dans le domaine de l'immunologie et, aujourd'hui, je dirige l'immunologie préclinique chez Actelion. La longue maladie et le décès de ma mère m'ont aussi conduit à me poser la question: comment empêcher de telles souffrances?»

«Pour répondre à cette question, vous auriez mieux fait de faire des études de médecine plutôt que de biologie.»
«C'est vrai, mais je n'y ai pas sérieusement réfléchi, parce que la médecine travaille à mon goût trop souvent sur des probabilités. Ce n'est pas mon truc. En biologie, on est plus précis. Mais le travail sur des questions cliniques a toujours été important pour moi, c'est pour cela que j'ai travaillé plusieurs années à l'Hôpital des enfants de Bâle. Dans mon travail actuel, le futur patient est aussi au premier plan.»

«Un autre événement clé dans votre vie a été la naissance de votre fils Alex.»
«Alex est né en 2001, atteint de trisomie 21 et d'une affection cardiaque. Plus tard, les médecins ont aussi diagnostiqué une hypertension pulmonaire. L'ironie du sort est que mon fils a besoin justement du médicament fabriqué par Actelion, mon employeur.
Il y a cinq ans, les médecins m'ont dit que mon fils n'avait plus qu'un an à vivre au maximum. A certaines périodes, sa vie ne tenait plus qu'à un fil. Il a maintenant 8 ans. Grâce aux nouveaux médicaments, son prognostic s'est nettement amélioré. Cette expérience me prouve que la recherche et les médicaments peuvent améliorer la vie de personnes gravement malades. Mon objectif professionnel est d'élaborer des médicaments en mesure d'éviter de terribles souffrances aux personnes touchées et à leur famille.»

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